Quebec City Jazz Festival, Hitchcock’s “I Confess” (Quebec, Canada), 2012

Festival de jazz: les images de Hitchcock, la couleur de Blake

by Richard Boisvert

(Québec) Le 60e anniversaire du tournage à Québec du film I Confess d’Alfred Hitchcock a servi de prétexte au compositeur, improvisateur et pédagogue Ran Blake pour se livrer à une des surprenantes expériences dont lui seul semble avoir le secret, hier soir, à l’occasion de la soirée de gala du Festival de jazz de Québec présentée au Château Frontenac.

Sur un écran qu’on avait installé au-dessus de la scène de la salle de bal, les scènes du suspense mettant en vedette Anne Baxter et Montgomery Clift défilaient, mais sans la bande sonore originale. Ran Blake, assis au piano, s’ingéniait à en créer une toute nouvelle sur le vif. Par la nature même de son intervention, le musicien est venu littéralement réinterpréter l’oeuvre de Hitchcock. Le film est en noir et blanc, le musicien y ajoute sa couleur.

Gamme de teintes

Signe que le truc colle parfaitement, c’est qu’on finit par l’oublier. D’ailleurs, assez curieusement, c’est quand le piano fait silence qu’on sent réellement toute l’importance de sa présence. Et c’est alors qu’on se dit que Blake réussit vraiment à tirer de son instrument une gamme surprenante de teintes, qu’il réussit à décrire la lourdeur du climat, le poids du secret, la fragilité du sentiment amoureux. Sans parler de ces verts et de ces bleus qui manquent cruellement aux scènes tournées à la campagne, et qu’on dirait empruntés à Olivier Messiaen.

Lui-même un inconditionnel du film noir, Blake se livre régulièrement à ce genre d’exercice à base d’improvisation, de réinterprétation et de recomposition. Au New England Conservatory of Music, où le pédagogue de 77 ans enseigne toujours, c’est devenu une tradition annuelle. La prochaine séance, inspirée de films des années 50 mettant en vedette Marlon Brando, est prévue à la fin du mois d’octobre. Avis aux intéressés.

À l’exception du caractère improvisé de l’expérience, la soirée n’avait jusque-là qu’assez peu à voir avec le jazz. Aussi, en deuxième partie, accompagnée par Tiger Okoshi à la trompette, Camille Belisle à la batterie et Frédéric Alarie à la contrebasse, la pianiste Lorraine Desmarais est venue combler l’appétit des festivaliers. Son programme conçu pour s’intégrer au concept de la soirée comprenait ses propres nouvelles compositions ainsi que plusieurs musiques écrites par Bernard Hermann pour des films comme Rear Window, Vertigo ou Taxi Driver.

Source: La Presse.CA